vendredi 23 avril 2010

LES AMOUREUX DE LA BONNE CUISINE... ET LES AUTRES...

STENDHAL A ÉCRIT:

Ma promenade a été interrompue par la fatale nécessité de rentrer à cinq heures pour le dîner à table d'hôte. J'ai pris place à une table en fer à cheval, j'ai choisi la partie située près de la porte et où l'on pouvait espérer un peu d'air. Il y avait à cette table trente-deux Américains mâchant avec une rapidité extraordinaire, et trois fats français à raie de chair irréprochable. J'avais, vis-à-vis de moi, trois jeunes femmes assez jolies et à l'air emprunté, arrivées la veille d'outre-mer, et parlant timidement des événements de la traversée. Leurs maris, placés à côté d'elles, ne disaient mot, et avaient des cheveux beaucoup trop longs; de temps à autre leurs femmes les regardaient avec crainte.

J'ai voulu m'attirer la considération générale, j'ai demandé une bouteille de vin de Champagne frappée de glace, et j'ai grondé avec humeur parce que la glace n'était pas divisée en assez petits morceaux. Tous les yeux se sont tournés vers moi, et après un petit moment d'admiration, tous les riches de la bande, que j'ai reconnus à leur air important, ont demandé aussi des vins de France.

Ce n'est qu'après une heure et un quart de patience que j'ai laissé cet ennuyeux dîner; on n'était pas encore au dessert. La salle à manger est fort basse, et j'étouffais.

Pour finir la soirée, je suis entré à la jolie salle de spectacle. Le sort m'a placé auprès de deux Espagnoles, pâles et assez belles, arrivées aussi par le paquebot de la veille; elles étaient là avec leur père, et, ce me semble, leurs deux prétendus. Ce n'était point la majesté d'une femme de Rome, c'était toute la pétulance, et, si j'ose le dire, toute la coquetterie apparente de la race Ibère. Bientôt le père s'est fâché tout rouge: on jouait -Antony-; il voulait absolument emmener ses filles. Les jeunes Espagnoles, dont les yeux étincelaient du plaisir de voir une salle française, faisaient signe aux jeunes gens de tâcher d'obtenir que l'on restât. Mais, au troisième ou quatrième acte, arrive quelque chose d'un peu vif; le père a mis brusquement son chapeau et s'est levé en s'écriant: Immoral! vraiment honteux! Et les pauvres filles ont été obligées de le suivre.

Je les ai trouvées, cinq minutes après, prenant des glaces au café de la promenade couverte: il n'y avait là que de jeunes Allemands; ce sont les commis des maisons du Havre, dont beaucoup ne sont pas françaises. J'ai aperçu de loin des négociants de ma connaissance, et, comme mon incognito dure encore, j'ai pris la fuite.

Mémoires d'un touriste (Voyage en Bretagne et en Normandie)-1838.

11 commentaires:

Marie-France a dit…

Bonjour Henriette,
avant d'aller travailler je me fais une petite pause lecture chez toi, j'apprécie beaucoup ces petits instantannés littéraires que tu nous offres généreusement. Stendhal, je l'ai lu au Lycée, donc il y a très longtemps et pas relu depuis...
Merci encore, chère Henriette, pour ta délicate pensée de ce week-end, ça m'a touchée,
Gros bisous amicaux,

Canotte a dit…

Bonjour chère Henriette,
Il fait toujours bon d'arriver chez toi de s'assoir, de mettre son sac à main sous la chaise, et de te lire. Doucement en prenant son temps en se délectant des mots. Les mots de Stendhal aujourd'hui.Et reviens en mémoire le doux visage de Gérard Philip dans la Chartreuse de Parme...
Passe une belle journée Henriette, je t'embrasse.

Puigmalet a dit…

Bon dia de dracs amb roses a les mans i princeses que llegeixen llibres!

mesilda a dit…

Bonita lectura para el dia de san Jordi...como tu has puesto la laparte literalia,te envio una rosa virtual para este dia.
Besets. y buen fin de semana.

Lefrancbuveur a dit…

Toujours intéressants tes posts. Bon weekend.
Enrico

Henriette a dit…

Per als meus amics catalans:
Bon dia de Sant Jordi, roses virtuals i un piló de llibres!

Pour tous: vive la lecture et son monde enchanté qui nous permet de rêver et de voir le quotidien "plus rose"!!!!!!
Merci à tous de votre fidélité et de votre amitié.

norma c a dit…

Je viens de parcourir votre blog et de remonter dans le temps jusqu'au 1er billet mais, pas de photo de Martin...
Je vais aller voir chez Zeb si j'en trouve une, autrement pourriez vous en publier une sur votre blog afin que Dame Kali inscrive officiellement Martin à son club.
Je vous remercie !
Norma

Margarida i Pere a dit…

Com sempre que vinc de visita a las teva cuina, me'n vaig amb un somriure!
Fa dies que no passava per aquí, perquè he tingut la mala sort que entressin a casa i s'emportessin el meu portàtil (je suis desolée!!!). Ara publico quan puc i gairebé no entro a cap bloc. Aquesta tarda, però, tinc l'ordinador dels meus fills i aprofito per visitar-vos i deixar-vos un comentari.
Espero que tot et vagi bé.

Avec toutes mes amitiés!

Margarida

mona a dit…

Ah, le champagne, il doit être frappé, je suis d'accord ! Stendhal, toute une littérature que j'aimais bien... A relire, grâce à toi, merci Henriette (je viens de chez Colibri). Bonne semaine.

colibri a dit…

Coucou Martin, mais on parle de nous chez Henriette, t'as vu, on est les vedettes, hein ? Bon, c'est juste pour te dire qu'on pense bien à vous... Et je vais cafter, comme d'hab : ELLE a enfin configuré Outlook, juste pour accéder à ton e-mail, la NULLOSSE !!! Je vais pouvoir m'éclater à t'écrire. A bientôt, mon pote !
Zeb

colibri a dit…

Oh, les Chats, vous avez fini d'envahir NOS blogs. Nullosse, nullosse, attends un peu Zeb, que je t'attrape !!!
Henriette, ne fais pas attention ! Je suis effectivement allez sur ton profil pour avoir ton e-mail, mais je crois que mon courrier n'est pas parti et donc arrivé ! Je vais recommencer directement de ma messagerie... A bientôt.
PS : je crois bien que j'ai tout lu de Stendhal, mon préféré étant Le Rouge et le Noir ! Et pour le champagne, frais, très frais mais pas frappé pour moi !!!

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