mardi 11 janvier 2011

LES AMOUREUX DE LA BONNE CUISINE...ET LES AUTRES...



"UNE PENSÉE POUR TOUS CEUX QUI SONT OTAGES"



CLARA ROJAS A ÉCRIT:

..................Les repas étaient très simples, et les marmites toujours très propres, je tiens à le dire. Pour moi, c'était important. C'était un geste de décence de la part des Farc. À l'époque où tous les otages étaient regroupés, ils apportaient trois marmites pour tout le monde, y compris pour Emmanuel, quand il était encore avec moi. Pour le petit déjeuner, il y avait une casserole de galettes à la farine de maïs, une autre de soupe et une troisième de chocolat chaud, avec parfois du lait. Au déjeuner on nous servait du riz blanc accompagné, selon les jours, de haricots, de lentilles ou de petits pois. Et on nous apportait de quoi boire: de l'eau de panela en général. Et pour dîner, du riz blanc avec des spaghettis. La viande était rare, nous n'avons goûté qu'une fois à la viande de tigre et à celle de singe, que j'ai trouvées très dures. On nous servait le plus souvent de la viande de crocodile, qu'ils appellent cachirrí et dont la chair délicieuse rappelle celle de la langouste. Parfois, le soir, du thon, des sardines en boîte ou un poisson pêché dans la rivière.
Les trois dernières années, le commandant faisait préparer une fois tous les six mois des tamales, des pâtés de viande et de farine de maïs, et nous en donnait deux à chacun; quelquefois, il nous faisait aussi la surprise de nous servir une boisson à l'avoine, une colada ou un riz au lait liquide.
La dernière année nous avons eu droit à deux repas spéciaux. Le premier, le 8 décembre 2007: un demi poulet rôti pour chacun- un met royal dans la jungle-, une crème renversée et un masato fermenté, une boisson sucrée à base de maïs et de riz. Un autre jour, je n'ai plus la date en tête mais c'était peu de temps avant ma libération, on nous a servi un cochon de lait rôti au four et un porc de montagne appelé cajuche, avec du manioc. Ces deux fois, les portions étaient si abondantes que je n'ai pas pu finir mon assiette et que j'en ai gardé pour les deux jours suivants. Pour que la nourriture ne pourrisse pas, je la mettais dans un sac avec de l'eau, ce qui la conservait au moins une journée.
Entre otages, nous avions l'habitude un peu masochiste de parler longuement de nos plats préférés. moi, j'aimais décrire l'ajiaco con pollo, un ragoût de poulet aux piments, typique de la région de Bogotá et impossible à préparer dans la jungle parce qu'ils n'ont pas les différents types de pommes de terre qu'on cultive sur les terres froides. Nous prenions également plaisir à nous souvenir, et l'eau nous venait à la bouche, du goût des câpres, des épis de maïs, des avocats, de la crème de lait, du pain, de la crème de curuba et d'autres mets tout aussi introuvables dans la jungle. Et comme si cela ne suffisait pas, nous énumérions aussi nos restaurants préférés et la spécialité de chacun. J'adorais apprendre comment on préparait certains plats et j'essayais même de bien en mémoriser les recettes pour les reproduire quand je serais libérée.

C.ROJAS, Captive,2009.

Le 23 février 2002, Clara Rojas est enlevée, avec plusieurs autres compagnons dont Ingrid Bettancourt, par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie. Pendant sa détention en 2004, elle mettra au monde son fils Emmanuel de qui elle sera séparée en 2005 et qu'elle ne reverra qu'à sa libération en 2007.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai lu ce livre. Madame Rojas fait preuve de beaucoup de dignité, d'une extrême pudeur, même pendant les moments les plus noirs de sa captivité.
C'est une personne digne à qui je rends un immense hommage.

Henriette a dit…

Je suis entièrement d'accord avec vous, cher(e) anonyme.
Merci de ce commentaire si juste

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