samedi 26 juin 2010

LES AMOUREUX DE LA BONNE CUISINE... ET LES AUTRES...

PROSPER MÉRIMÉE A ÉCRIT:

Nous arrivâmes à la venta. Elle était telle qu'il me l'avait dépeinte, c'est-à-dire une des plus misérables que j'eusse encore rencontrées. Une grande pièce servait de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher. Sur une pierre plate, le feu se faisait au milieu de la chambre, et la fumée sortait par un trou pratiqué dans le toit, ou plutôt s'arrêtait, formant un
nuage à quelques pieds au-dessus du sol. Le long du mur, on voyait étendues par terre cinq ou six vieilles couvertures de mulets ; c'étaient les lits des voyageurs. À vingt pas de la maison, ou plutôt de l'unique pièce que je viens de décrire, s'élevait une espèce de hangar servant d'écurie. Dans ce charmant séjour, il n'y avait d'autres êtres humains, du moins pour le moment, qu'une vieille femme et une petite fille de dix à douze ans, toutes les deux de couleur de suie et vêtues d'horribles haillons.
- voilà tout ce qui reste, me dis-je, de la population de l'antique Munda Boetica! ô César! ô Sextus Pompée! que vous seriez surpris si vous reveniez au monde !
En apercevant mon compagnon, la vieille laissa échapper une exclamation de surprise.
- Ah ! seigneur don José ! s'écria-t-elle.
Don José fronça le sourcil, et leva une main d'un geste d'autorité qui arrêta la vieille aussitôt. Je me tournai vers mon guide, et, d'un signe imperceptible, je lui fis comprendre qu'il n'avait rien à m'apprendre sur le compte de l'homme avec qui j'allais passer la nuit. Le souper fut meilleur que je ne m'y attendais. On nous servit, sur une petite table haute d'un pied, un vieux coq fricassé avec du riz et force piments, puis des piments à l'huile, enfin du gaspacho, espèce de salade de piments. Trois plats ainsi épicés nous obligèrent de recourir souvent à une outre de vin de Montilla qui se trouva délicieux. Après avoir mangé, avisant une mandoline accrochée contre la muraille, il y a partout des mandolines en Espagne, je demandai à la petite fille qui nous servait si elle savait en jouer.
- Non, répondit-elle ; mais don José en joue si bien !
- Soyez assez bon, lui dis-je, pour me chanter quelque chose ; j'aime à la passion votre musique nationale.
- Je ne puis rien refuser à un monsieur si honnête, qui me donne de si excellents cigares, s'écria don José d'un air de bonne humeur ; et, s'étant fait donner la mandoline, il chanta en s'accompagnant. Sa voix était rude, mais pourtant agréable, l'air mélancolique et bizarre; quant aux paroles, je n'en compris pas un mot.
- Si je ne me trompe, lui dis-je, ce n'est pas un air espagnol que vous venez de chanter. Cela ressemble aux zorzicos que j'ai entendus dans les Provinces, et les paroles doivent être en langue basque.
- Oui, répondit don José d'un air sombre. Il posa la mandoline à terre, et, les bras croisés, il se mit à contempler le feu qui s'éteignait, avec une singulière expression de tristesse. Éclairée par une lampe posée sur la petite table, sa figure, à la fois noble et farouche, me rappelait le Satan de
Milton. Comme lui peut-être, mon compagnon songeait au séjour qu'il avait quitté, à l'exil qu'il avait encouru par une faute. J'essayai de ranimer la conversation, mais il ne répondit pas, absorbé qu'il était dans ses tristes pensées.

Carmen, 1847.

12 commentaires:

Marie-France a dit…

Coucou Henriette,
je suis de retour de vacances, mais,je l'avoue, pas très courageuse ! J'espère que de ton côté tout va bien, peut-être vas-tu avoir des vacances bientôt ? Je te fais plein de gros bisous et te souhaite une belle semaine...
J'oubliais : j'aime beaucoup ce texte de Prosper Mérimée, ça me rappelle quand j'étais au Lycée, je l'ai lu à cette époque.

Lefrancbuveur a dit…

Ciao, tout se passe bien?

Marie-France a dit…

Bonjour Marie-Henriette,
Tu vas bien ? Peut-être en vacances... c'est ce que je te souhaite, repose-toi bien,
je te fais plein de bisous amicaux,

Margarida a dit…

Hola, Henriette!
Fa molt temps que miro cada dia a la dreta del meu bloc i veig que no ens presentes cap novetat. Va tot bé?
Espero que sí!

Una abraçada ben forta!

Sissy a dit…

Bonjour Henriette, ça fait très longtemps que tu ne nous a pas régalé,reviens vite !

colibri a dit…

Toujours pas de Henriette dans sa cuisine ou son salon de lecture ??? Oui, tu nous manques, je pense bien à toi... Un petit câlimiaousss à Martin de la part de Zeb...

Laurent a dit…

Ou comment l'emploi du passé simple nous fait voyager dès le deuxième mot...

colibri a dit…

Coucou, Henriette, où es-tu, que fais-tu... Tu nous manques et Zeb me réclame des nouvelles de son pote Martin. Amitiés !

Amartia a dit…

Je découvre ton blog. J'espère que tu n'as pas décidé d'arrêter, car il est très intéressant et je m'y abonne.

Lefrancbuveur a dit…

A bientot, j'espère

mesilda a dit…

Hola Henriette!!!Feliz navidad tambien para ti...y el proximo año,que sea mucho mejor que este...
Un abrazo bien grande!

colibri a dit…

Vite, vite, Henriette, donne nous quelques belles idées pour les fêtes de fin d'année ! J'espère te revoir très bientôt dans ta cuisine, pour le bonheur de tous ceux que ton blog enchante !

Related Posts with Thumbnails